Couple de retraités français discutant sereinement dans leur salon, protection conjoint
Publié le 9 février 2026

Quand Martine m’a appelé l’année dernière, elle pleurait. Son mari venait de décéder, et elle ne savait pas si elle pourrait garder leur maison. Huit mois plus tard, après avoir débloqué sa pension de réversion et vérifié l’assurance-vie, elle m’a dit : « Si seulement on avait regardé tout ça avant. » Cette phrase, je l’entends trop souvent. Votre conjoint a des droits automatiques si vous décédez. Mais ces droits suffisent rarement. Il existe des leviers concrets pour renforcer sa protection, sans forcément passer des heures chez le notaire.

Information importante

Ce contenu est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil en gestion de patrimoine. Consultez un conseiller financier ou notaire pour toute décision patrimoniale.

L’essentiel sur la protection du conjoint en 30 secondes

  • Votre conjoint a des droits automatiques (logement, part succession)
  • La pension de réversion = 54% de votre retraite (sous conditions de ressources)
  • L’assurance-vie est le levier le plus rapide à actionner
  • Une donation entre époux sécurise le logement familial
  • 4 actions à faire cette semaine pour ne rien oublier

Ce que votre conjoint touche automatiquement si vous décédez

Commençons par une bonne nouvelle. Votre conjoint n’est pas démuni. Depuis la loi TEPA de 2007, le conjoint survivant est totalement exonéré de droits de succession. Zéro euro à payer à l’État sur ce qu’il hérite de vous. C’est déjà ça.

Ce que votre conjoint reçoit sans rien faire

Un droit d’usage du logement familial pendant un an minimum (gratuit). Le choix entre l’usufruit de la totalité du patrimoine ou un quart en pleine propriété. L’exonération totale de droits de succession. Le capital décès de la Sécurité sociale : 3 977 € selon les données officielles de l’Assurance Maladie depuis avril 2025.

Mais soyons réalistes. Un quart du patrimoine, ça ne suffit pas toujours à garder la maison. L’usufruit, c’est bien, mais ça ne paie pas les factures quand la retraite du défunt représentait les deux tiers des revenus du foyer. J’ai accompagné un couple à Versailles l’année dernière. Lui touchait 2 400 €, elle 900 €. À son décès, elle s’est retrouvée avec sa pension et… c’est tout. Les droits automatiques ne compensent pas la perte de revenus.

Voilà pourquoi les dispositifs complémentaires existent.

Les 3 leviers pour renforcer la protection de votre conjoint

Je vais être direct : si vous ne deviez retenir qu’une chose de cet article, c’est l’ordre de priorité. Tous les dispositifs ne se valent pas. Certains prennent cinq minutes à vérifier, d’autres demandent un rendez-vous notaire. Voici ma hiérarchie, forgée sur des dizaines de dossiers.

La pension de réversion : ce qu’elle couvre vraiment

La pension de réversion représente 54% de la retraite que touchait ou qu’aurait touchée le défunt, d’après l’Assurance retraite. Ça paraît simple. Ça ne l’est pas.

Première condition : avoir été marié. Le PACS ne donne pas droit à la réversion. Concubinage non plus. Deuxième condition : avoir 55 ans minimum (51 ans si le décès est survenu avant 2009). Troisième condition, et c’est celle qui bloque le plus de dossiers : ne pas dépasser les plafonds de ressources.

Ces plafonds pour 2025 sont de 24 710 € brut par an si vous vivez seul, et de 39 537 € brut par an en couple, selon les plafonds 2025 actualisés. Concrètement, si vous touchez déjà une bonne retraite personnelle, vous pouvez vous retrouver au-dessus du seuil.

Sur le papier, le traitement d’une demande prend 4 mois. Sur le terrain, je vois plutôt 5 à 6 mois en ce moment. La CARSAT est débordée.

L’assurance-vie : le levier le plus rapide

Franchement, c’est le dispositif que je recommande de vérifier en premier. Pourquoi ? Parce que si votre clause bénéficiaire est bien rédigée, le capital est versé en quelques semaines. Hors succession. Sans attendre le notaire.

Vérifier sa clause bénéficiaire avec un professionnel : une démarche rapide et décisive



Le conjoint ou partenaire pacsé bénéficie d’une exonération totale sur les capitaux décès en assurance-vie, sans aucun plafond, selon les informations Afer. Pour les autres bénéficiaires (enfants par exemple), l’abattement est de 152 500 € par personne sur les versements effectués avant 70 ans.

L’assurance-vie permet également de transmettre un patrimoine à des causes qui vous tiennent à cœur, tout en protégeant votre conjoint en priorité. C’est la souplesse de la clause bénéficiaire : vous décidez qui reçoit quoi.

Mon avis tranché : si vous n’avez qu’une heure devant vous cette semaine, passez-la à relire votre clause bénéficiaire. C’est le geste qui a le plus d’impact par minute investie.

La donation entre époux : sécuriser le logement

La donation entre époux, qu’on appelle aussi « donation au dernier vivant », permet d’élargir les options de votre conjoint au moment de la succession. Sans elle, en présence d’enfants, votre conjoint ne peut choisir qu’entre l’usufruit total ou un quart en pleine propriété. Avec elle, il peut opter pour la quotité disponible en pleine propriété, ce qui change tout pour garder la maison.

Coût de l’opération : environ 140 € TTC chez le notaire pour l’acte, plus un droit fixe de 125 € lors de l’enregistrement, conformément aux données officielles des impôts. Comptez donc 300 € maximum. Pour une protection qui dure toute la vie.

Cette donation est révocable. Vous pouvez changer d’avis à tout moment, sans même prévenir votre conjoint. Elle ne prend effet qu’au décès. D’ici là, elle dort chez le notaire.

Pension de réversion, assurance-vie, donation : le comparatif
Dispositif Rapidité Coût Protection apportée Pour qui ?
Pension de réversion 4-6 mois Gratuit 54% retraite défunt Mariés sous plafond ressources
Assurance-vie 2-4 semaines Variable Capital hors succession Tous couples
Donation entre époux 1 RDV notaire ~300 € Choix élargi succession Mariés avec enfants

Les erreurs qui laissent le conjoint sans protection

Je pourrais écrire un livre entier sur ce sujet. Mais voici les trois erreurs que je rencontre le plus souvent, et qui coûtent cher en stress et en argent.

Martine, 68 ans : 5 mois pour toucher la pension de réversion

J’ai accompagné Martine l’année dernière dans les Hauts-de-Seine. Son mari est décédé en mars. Elle a déposé son dossier de réversion en avril, pensant que tout était en ordre. Sauf que les justificatifs de revenus étaient incomplets. La CARSAT lui a renvoyé un courrier en juin. Elle a refait les papiers en juillet. Premier versement : septembre. Cinq mois au lieu des quatre annoncés.

Ce qui m’a marqué : elle ne savait pas que la pension serait rétroactive. Elle a cru avoir perdu ces mois de revenus. Non. Si vous demandez dans les 12 mois après le décès, l’effet est rétroactif au 1er jour du mois suivant le décès.

Erreur numéro un : la clause bénéficiaire mal rédigée. Dans les dossiers que j’accompagne, je constate régulièrement que la clause « mon conjoint » sans précision d’identité complète (nom, prénom, date de naissance) rallonge les délais de versement de 2 à 6 mois. Ce constat est limité à mon périmètre d’intervention et peut varier selon l’assureur et la complexité familiale.

Erreur numéro deux : croire que le PACS protège autant que le mariage. Ce n’est pas vrai. Pas de pension de réversion. Pas de droits successoraux automatiques. Si vous êtes pacsés et que vous voulez protéger votre partenaire, il faut un testament. Cette anticipation rejoint l’importance de la prévoyance pour faire face sereinement aux aléas de la vie.

Erreur numéro trois : attendre « le bon moment ». Il n’existe pas. La donation entre époux coûte 300 €. Le rendez-vous notaire prend une heure. Si vous reportez depuis trois ans, c’est trois ans pendant lesquels votre conjoint n’est pas protégé comme il pourrait l’être.

Attention aux délais réels

Les délais officiels sont théoriques. Sur le terrain, comptez 2 à 4 semaines pour l’assurance-vie si tout est en ordre, 5 à 6 mois pour la pension de réversion en ce moment. Avoir un dossier complet dès le départ fait gagner des semaines.

Par où commencer : les 4 actions à faire cette semaine

Tester son éligibilité à la pension de réversion : une simulation en ligne gratuite



Vous avez lu cet article. Maintenant, que faire ? Je vous propose quatre actions concrètes, classées par ordre de priorité et de rapidité. Pas besoin de tout faire en un jour.

Vos 4 actions prioritaires cette semaine

  1. Relire votre clause bénéficiaire assurance-vie

    Temps estimé : 10 minutes. Connectez-vous à votre espace client ou ressortez votre dernier relevé. Vérifiez que le bénéficiaire est nommé avec prénom, nom et date de naissance. Si c’est écrit « mon conjoint » sans plus, contactez votre assureur pour modifier.

  2. Identifier votre régime matrimonial

    Temps estimé : 5 minutes. Regardez votre livret de famille ou votre contrat de mariage. Communauté réduite aux acquêts ? Séparation de biens ? Ce régime détermine ce que votre conjoint possède automatiquement.

  3. Simuler vos droits à pension de réversion

    Temps estimé : 15 minutes. Utilisez le simulateur gratuit sur lassuranceretraite.fr. Vous saurez si vous êtes sous le plafond de ressources et quel montant approximatif votre conjoint toucherait.

  4. Prendre RDV chez le notaire si pas de donation entre époux

    Temps estimé : 1 heure de rendez-vous. Si vous n’avez jamais fait de donation au dernier vivant et que vous avez des enfants, c’est le moment. Coût : environ 300 €. Protection : à vie.

Conseil de terrain

Faites ces démarches ensemble, en couple. J’ai remarqué que les dossiers les mieux préparés sont ceux où les deux conjoints ont accès à toutes les informations. Si l’un décède, l’autre sait exactement où chercher.

Vos questions sur la protection du conjoint retraité

Mon conjoint peut-il toucher ma retraite si je décède ?

Oui, sous forme de pension de réversion. Elle représente 54% de la retraite du défunt pour le régime général. Conditions : avoir été marié (le PACS ne suffit pas), avoir 55 ans minimum, et ne pas dépasser les plafonds de ressources (environ 24 700 €/an seul ou 39 500 €/an en couple en 2025).

Quelle différence entre pension de réversion et capital décès ?

Le capital décès est une somme forfaitaire unique (3 977 € en 2025) versée pour couvrir les frais immédiats. La pension de réversion est une rente mensuelle versée à vie. Les deux sont cumulables.

La pension de réversion est-elle imposable ?

Oui, la pension de réversion est soumise à l’impôt sur le revenu comme une pension de retraite classique. Elle entre dans votre déclaration annuelle et peut vous faire changer de tranche.

Que se passe-t-il si je me remarie après le décès de mon conjoint ?

Pour le régime général, le remariage ne fait pas perdre la pension de réversion. Attention cependant : les revenus du nouveau conjoint peuvent être pris en compte dans le calcul du plafond de ressources et réduire ou supprimer la pension.

L’assurance-vie passe-t-elle par la succession ?

Non, sauf exception. Le capital est versé directement au bénéficiaire désigné dans la clause, hors succession. C’est ce qui en fait un outil de protection rapide : pas besoin d’attendre le notaire pour débloquer les fonds.

Mon dernier conseil avant de fermer cet onglet

Protéger son conjoint, ce n’est pas morbide. C’est un acte d’amour pragmatique. Les couples que j’accompagne et qui ont anticipé vivent la période de deuil différemment : ils n’ont pas le stress administratif en plus de la peine.

La question à vous poser maintenant

Si vous deviez partir demain, votre conjoint saurait-il exactement où trouver la clause bénéficiaire de votre assurance-vie, le contact de votre notaire, et les codes d’accès à vos comptes en ligne ? Si la réponse est non, c’est par là qu’il faut commencer. Pas par les dispositifs. Par l’accès à l’information.

Mémo final : les 4 documents à centraliser


  • Derniers relevés assurance-vie avec clause bénéficiaire

  • Copie de la donation entre époux (si réalisée)

  • Coordonnées du notaire de famille

  • Identifiants espace personnel lassuranceretraite.fr

Précautions sur la protection du conjoint

  • Les montants et conditions mentionnés sont ceux en vigueur en 2025 et peuvent évoluer
  • Chaque situation familiale et patrimoniale nécessite une analyse personnalisée
  • Les régimes matrimoniaux et situations familiales complexes (recomposition) requièrent un accompagnement notarial

Pour toute décision engageante, consultez un notaire ou conseiller en gestion de patrimoine certifié.

Rédigé par Vincent Armand, conseiller en gestion de patrimoine exerçant en cabinet indépendant depuis 2012. Il a accompagné plus de 350 couples dans l'optimisation de leur protection mutuelle et la préparation de leur transmission. Son expertise porte sur les stratégies de protection du conjoint survivant, la rédaction de clauses bénéficiaires sécurisées et l'articulation entre régimes matrimoniaux et outils de transmission. Il intervient régulièrement en information collective auprès de caisses de retraite et associations de seniors.